En Espagne, on craint plus les guignols que la crise

Nadal fait le plein dans le sketch des guignols

Une semaine forte en actu au pays du soleil.

Le Tribunal suprême  a condamné le juge Garzón à onze ans d’interdiction d’exercer pour avoir enquêté un grand réseau de corruption et avoir instruit un procès contre les crimes du franquisme.

La décision du Tribunal suprême tombait la veille de la présentation d’une réforme du marché du travail très polémique. Le gouvernement prévoit la baisse des indemnités de licenciement.

Une semaine forte en actu, donc, qui a été éclipsée par ce qui aurait dû rester comme l’anecdote du jour: les critiques aux Guignols de l’info de Canal+.

La fédération Espagnole de tennis a menacé de porter plainte. Le Gouvernement et même le chef de l’opposition, Alfredo Pérez Rubalcaba, ont critiqué durement les marionnettes en latex. L’Ambassadeur espagnol en France a envoyé une lettre aux médias français pour exprimer le mécontentement officiel du Royaume.

Pour cause: une série de blagues des guignols sur le dopage en Espagne après le scandale Contador. Le pire c’est qu’ils ont touché à l’intouchable Rafa Nadal.

Sur les réseaux sociaux, nombreux Espagnols, déchaînés, ont demandé la fermeture de Canal. Ils ont même souligné le manque de trophées gagnés par les sportifs français ces dernières années. La blague de la télé payante serait de la pure jalousie, disent-ils.

Alors que 22% de la population est au chômage et que l’économie du pays s’écroule,  certains pensent qu’on ferait mieux de s’occuper des vrais soucis au lieu de perdre notre temps à critiquer les  guignols. Normal, on a envie de dire.

Certains ont préféré de répondre avec un peu d’humour. Ils demandent de se faire envahir à nouveau par la France, comme en 1808, considérant les politiciens actuels des incapables. Et ont même créé une pétition en ligne.

Comme si la France allait nous sauver.

Twitter recadre les eurodéputés espagnols

«Indignez vous» de Stèphane Hessel vient d’être publié en espagnol et on dirait que les internautes ont bien capté le message.

Le Parlement Européen votait hier un amendement au budget de 2012 présenté par les Verts que proposait privilégier l’achat des vols en classe économique pour les constants déplacements des élus.

Une demande plutôt raisonnable dans ces temps où on nous demande constamment d’accepter des mesures d’austérité au nom de la pire crise économique depuis 1929. La vidéo avec les arguments de la deputée verte allemande Helga Trüppel, c’est par ici.

On votait aussi pour un gel des dépenses.

Ben non. Les députés ont rejeté avec 402 voix contre 216 l’idée de poser ses délicats fesses dans les grossiers sièges classe touriste. Avec 56 abstentions.

Le vote aurait pu passer inaperçu, comme tant d’autres, voir la plupart des travaux du Parlement de Strasbourg.

Mais Ignacio Escolar, ex directeur du journal Público et l’un des blogueurs pionniers en Espagne (maintenant traduit par The Guardian, même) s’est indigné.

«Les Euro Députes votent contre la limitation des voyages en première classe. C’etait comment ce truc de se serrer la ceinture?»

Et il se trouve que parmi les plus de 40.000 abonnés d’Ignacio Escolar il y a à peu près tous les journalistes espagnols.

Le buzz s’est répandu comme une traînée de poudre. Très vite ont commencé a circuler des documents avec le sens du vote des députés espagnols (seulement quatre ont voté a faveur).

Quelques 3 heures après #eurodiputadoscaraduras (Euro Deputés culottés) devenait le 1er Trending Topic (le thème le plus commenté) sur Twitter. Ce matin il l’est toujours. Devant Justin Bieber!

La vague de critiques, un vrai tsunami, a poussé le Parti Socialiste (PSOE) à rectifier le sens du vote. Ils promettent qu’ils vont s’abstenir, et ont expliqué que tout était dû a un malentendu, ce qui bien sûr n’a fait que la rigolade générale.

Le parti plus ou moins centriste UPyD a aussi promis revoir le sens du vote. Pas le conservateur Parti Populaire qui s’est limité a expliquer qu’ils suivent le sens du vote du Parti Populaire Européen.

On est vraiment soulagé de savoir que nos élus, avec des salaires autour de 8.000 euros par mois plus compléments des frais, se limitent à suivre des consignes de vote comme des moutons.

Et ça après le récent scandale de corruption concernant certains eurodéputés.

Mon préféré c’est le cas d’Eider Gardiazabal, élue espagnole, chopée quand elle allait pointer au Parlement, pour encaisser les frais et partait tout de suite après en weekend, avec 300 euros de plus dans les poches.

Bref, tout ça pour vous dire que on s’est bien marré hier sur Twitter. Mais surtout que toute cette histoire à montré qu’il n’y a pas que le monde arabe qui devrait s’indigner et se coordonner grâce aux nouveaux outils.

Et avant tout que quand on réagit ensemble, ça marche. «Quelque chose est en train de changer» dissent beaucoup des ‘twitteurs’ espagnols.

Aujourd’hui les jeunes ‘Ni-Ni’ manifestent à Madrid (Ici son compte Twitter). Et probablement ce n’est q’un début. Ça commence a bouger, l’Espagne.