Suite (de la révolution) Espagnole

Nous sommes le jeudi 19 mai et le mouvement dit du “15 mai” a bien évolué depuis.

Vue de la Puerta del Sol. Madrid #nonosvamos #notenemosmiedo. sylvaincherkaoui.com

Mardi dernier, nous avons publié un article en français, vu le manque d´intérêt des médias francophones au sujet de la ‘Spanish Revolution’. Obnubilés par les péripéties de DSK, l’homme qui a pris la douche la plus chère de l’Histoire.

Il faut dire qu´ils se ratrappent petit à petit. Malgré les difficultés de certains journalistes, Espagnols compris, à définir  ce ‘Mai 2011’ Espagnol.

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Ces manifestations ne sont pas un mouvement antisystème classique. ” Je ne suis pas ‘antisystème’ c’est le systéme qui est ‘antimoi’, hurlent les manifestants. Un cris de guerre repris de l’oeuvre  du génial dessinateur de presse El Roto, de El País. (Découverte grâce à Zoé de Kerangat).

Ce n’est pas non plus un mouvement anti droite, même si la presse conservatrice essaie de défendre le contraire. Les plus virulents parlent d’un mouvement lié aux independentistes de l’ETA… une idée complètement à côté de la plaque.

Ce n’est pas non plus un mouvement ‘de jeunes’. Toutes les tranches d´âge se concentrent désormais dans les camps urbains. C´est tout simplement du ras-le-bol face aux marchés financiers, à la corruption et à une classe politique décevante.

La diversité des banderoles donnent un bon aperçu de l’ambiance: ‘ils ne nous représentent pas’, ‘les mesures d’austérité appliquez-les dans vos conflits armés’, ‘la vraie violence est celle qui te fait gagner 600 euros/mois’, ‘si vous nous laissez pas rêver on ne vous laissera pas dormir’, ‘mains dans l’air, ceci est un contrat d’embauche’ etc.

Sur Twitter, le tweet classique qui faisait fureur pendant les révolutions arabes est de retour: ‘Democratie 1.0 pas actualisée. Mise a jour democratie 2.0″

Le site lyonnais Rebel Lyon à posté le manifeste du mouvement ‘Democracia Real Ya’, une bonne initiative, mais pas la seule: la révolution espagnole se constitue de multiples plateformes.

Retour au dernier post Cruasán. Qu´est-ce qui s´est passé depuis? Les images précieuses du photographe français Sylvain Cherkaoui illustrent l´actualité. L’Album complet c´est par ici.

Mardi 17/05/2011. 5h. du matin. Délogement musclé du campement de Puerta del Sol.

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Mardi 17/05/2011 à 20 heures. Les indignés s’indignent encore plus. La Puerta del Sol est pleine à craquer. La police libère vingt personnes interpellées la veille, accusées des divers delits.

sylvaincherkaoui.com
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Face à un tel rassemblement, totalement pacifique, la police est démunie. Zero incidents. Les ‘acampadas’ se repandent un peu partout en Espagne

Mercredi 18/05/2011.
Vers 17 heures, nous apprenons que la ‘Junta’ Électorale, (l’autorité électorale) interdit la concentration de Puerta del Sol. La raison? Le mouvement “risquerait d’influencer le vote des élections régionales du dimanche 22 mai.”

Rigolade générale sur les réseaux sociaux, appels à renforcer la mobilisation. Le #nonosvamos (on s’en va pas) change au #notenemosmiedo (on n’a pas peur). Mission accomplie. La superbe photo qui ouvre ce billet en fait preuve.

Les manifestants passent une quatrième nuit sur la place, malgré une pluie persistante. Une fois de plus: zero incidents.

Les ‘acampadas’ se manifestent aussi à l’internationale, dans les Ambassades et consulats espagnols de Londres, Paris, Rome, Buenos Aires et j’en oublie sûrement. Des citoyens du monde entier se solidarisent: des manifestations ont été convoquées à Vienne, Bruxelles et même au Mexique.



Stream videos at Ustream

Les plateformes citoyennes appellent à ne pas arrêter les initiatives le 22 mai, jour des élections regionales. La capacité d’organisation est tout de même remarquable: groupes Facebook,  ‘hashtags’ sur Twitter, blogs, et même du ‘livestreaming’ qui permet de suivre l´actualité en temps réel.

Voilà où on est!

Et pour finir en beauté, c’est toujours bon de se poser et réflechir… bercés par la ‘Suite Espagnole’ d’Isaac Albéniz.

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L’Espagne s’indigne: révolution 2.0 dans les rues

‘On n’est pas la marchandise des politiciens et des banquiers’.

Avec ce cri de guerre, des milliers de personnes sont descendues dimanche 15 mai dans les rues espagnoles. En pleine période éléctorale, des rassemblements ont été convoqués dans plus de 50 villes. Le tout organisé par Internet et ses réseaux sociaux. Aucun syndicat ni parti politique à la tête.

Pas que trois chats, Puerta del Sol. Photo: Sylvain Cherkaoui/ http://www.sylvaincherkaoui.com

Un mouvement né du ras-le-bol des jeunes précaires, des chômeurs (bientôt 5 millions, plus du 20 % de la population active) des mal logés, des mal payés… Mais aussi des hackers, ou tout simplement, des citoyens. Agacés de voir se présenter aux élections des candidats inculpés dans des affaires de corruption. Comme si de rien n’était. Bref, un drôle de mélange.

Violence est de gagner 600€ par mois

Lors des manifestations contre la réforme des retraites, beaucoup d’Espagnols ont envié mais aussi admiré la capacité de mobilisation des Français. Maintenant c’est leur tour. Le message d’Stéphane Hessel à bien “indigné”  les esprits.

"jeunesse sans futur". sylvaincherkaoui.com

Personne ne connait  où va mener ce mouvement mais attention: ils font des appels dans toute l´Europe!

Puisque les auteurs du Cruasán Ambulante sommes Espagnols expatriés en France, nous avons demandé à deux Français expatriés en Espagne de nous raconter ce qu’ils ont vu et ressenti à Madrid pendant ces manifs d’un tout nouveau genre.

Et ce qui est encore plus drôle: ils ont accepté! Zoé de Kerangat, future journaliste, et le photographe Sylvain Cherkaoui nous font vivre et revivre ce moment, qui est d’ores et déja reconnu “très important” par les sociologues.

Compte Twitter de Zoé de Kerangat.

Et l’impressionant web-portfolio de Sylvain Cherkaoui.

Un grand merci à eux deux!

"Ce n'est pas des sauvetages c'est du chantage. On ne paye pas votre crise" SylvainCherkaoui.com.

15M par Zoé de Kerangat (extraits) ici le récit complet.

“Quelque chose de remarquable est en train d´avoir lieu en Espagne. Cela a commencé le 15 mai avec la manifestation « Democracia Real YA ! », dont les reivindications étaient multiples.”

Sans maison, sans travail, sans retraites, sans peur. sylvaincherkaoui.com

“Au début j’y allais plus par curiosité et solidarité. La sauce avait bien pris sur les réseaux sociaux et je voulais voir ce que ça allait donner. Je n’ai pas été déçue.”


“C’était assez énorme.”




sylvaincherkaoui.com




“La police est intervenue, violemment, et a placé 24 personnes en détention qui aujourd’hui le sont toujours.”


Sylvaincherkaoui.com

“La couverture par les média nationaux espagnols a été pour la plupart lamentable. Quelques secondes à peine dans les journaux télévisés, des revendications mal comprises et des activistes bien trop vite taxés d’ « antisystèmes » par les média conservateurs.”

La BAC espagnole (pas la vache). Sylvaincherkaoui.com

“Dimanche soir, après avoir improvisé un sit-in sur la Gran Vía, artère principale de la capitale, les manifestants ont installé un campement Puerta del Sol, dans l’intention d’y rester jusqu’au 22 mai, jour des élections.”

” Les gens s’étaient organisés en plusieurs comités (infrastructure, action, alimentation, communication..), d’autres filmaient pour le livestreaming, d’autres encore s’occupaient d’informer passants, curieux et média. Des assemblées générales étaient convoqués toutes les quatre heures.”

“C’était sans compter sur la police. Mon ordinateur à peine allumé, je n’ai pu que lire avec amertume que les manifestants avaient été expulsés vers 5h du matin, par la police du ministère de l’intérieur (delegación del gobierno)”.


“La mobilisation se poursuit malgré tout et une manifestation a été convoquée pour ce soir à 20h. Je ne sais pas trop ce que cela va donner au final, mais une chose est sûre, il y a un véritable malaise, ressenti par une large portion de la population. Médias et politiques feraient mieux d’y prêter un tant soit peu d’attention au lieu de l’ignorer ou de sortir les matraques dès qu’ils se sentent menacés.”

Zoé de Kerangat pour El Cruasán Ambulante.

PS: la mobilisation continue en ce moment même partout en Espagne (17 mai a 20h.) A suivre.

Ça craint, l’Espagne

À Madrid, mars 2011. Je rentre dans un bar que je ne connais pas pour pratiquer mon sport madrilène préféré: manger un “pincho de tortilla” avec un “café con leche”.

Puisque chaque tortilla est différente, c’est toujours une aventure, parfois dangereuse, de goûter les recettes méconnues.

Ce pincho de tortilla, un des meilleurs que jai eu depuis longtemps.

Le patron, un homme dans les 50 ans, la tête bien peuplée de cheveux blancs, met son temps à prendre la commande.

Il discute avec une cliente. La tchatche classique du bar:

“T’as vu ce que le Gouvernement vient de proposer? C’est la honte”.

Je réussi à commander mon pincho (pas celui de la photo, il était meilleur que celui que j’ai commandé). J’en rajoute un sandwich mixto, j’avoue, j’avais faim, et la bouffe espagnole ça nous manque aux cruasanos!

Monsieur le serveur continue de tchatcher avec la cliente. On voit bien qu’elle est une habituée du bar, une voisine de quartier.

J’attends les mets désirés. J’ai faim. La discussion du serveur avec la cliente se transforme vite en un monologue. “ZP (aka de Zapatero, le premier ministre) va finir avec ce pays.  C’est pas possible, c’est un gouvernement de bâtards, que des fils de pute”, dit-il.

J’essaie de ne pas trop l´écouter. Je prends le journal El Mundo, bien connu par ses attaques violentes au Gouvernement socialiste.

Monsieur le serveur continue son one man show pas marrant. “C’est pas possible ce qu’ils sont en train de faire…”. Pas la peine de tout reproduire. Il commence à se chauffer tout seul et finit par dire qu’il a “envie de tous les tuer. Depuis des années.”

Finalement, mon pincho de tortilla, mon café con leche et mon sandwich mixto arrivent, mais je n’ai plus faim. Je mange vite, je paye et je prends des notes pour ce billet.

Malheuresement cette situation ici décrite n’est pas un cas isolé. C’est l’image d’un état d’âme collectif, parfois extrême, où le serveur arrive à crier en public qu’il a envie de tuer quelqu’un (tout le Gouvernement, même) devant un client inconnu (moi), dans son bar, comme si c’était la chose la plus normale au monde.

Musée Reina Sofia. Pas loin du Guernica de Picasso

C’est ne pas moi qui va défendre le Gouvernement Zapatero.

Mais c’est assez inquiétant de voir qu´un certain état de “guerrecivilisme” n’a pas disparu de l’Espagne, même si ça fait 72 ans du coup d’État du général Franco, et malgré une Transition démocratique, perçue comme exemplaire ici et là.

On a un ex-président qui fait le tour de monde avec un discours assez similaire à celui du serveur.

José María Aznar a fait à nouveau scandale après avoir dit aux élèves de la Columbia Bussiness School de New York que l’Espagne “ne pourra pas payer sa dette”. Sympa, à un moment où les requins des marchés regardent l’Espagne comme un succulent dessert, après la Grèce, l’Irlande et le Portugal.

Mais bon, ce type a dit aussi que Kadhafi est devenu un ami de l’Occident grâce à la guerre d’Irak,  qu’il a lui même lancé avec ses copains Bush et Blair.

La crise de l’immobilier, le record du chômage, la lutte contre le terrorisme de l’ETA et un Gouvernement qui semble improviser chaque décision et chaque projet de loi, ont rallumé les braises de cette haine. Je ne veux pas dire avec ceci qu’on est aux abords d’une nouvelle Guerre Civile -j’espère- mais ça craint l’Espagne, quand même.

Frío nacionalismo

“Nationalisme froid” 

Lyon, place Ennemond Fousseret.

Izquierda: “Me gusta el helado” Derecha: “Los mejores helados… de los Estados Unidos. Comed productos franceses”.

Laboratoire de l’absurdité

FR: Maintenant à Lyon. Ils vont avoir du boulot.

ES: El Laboratorio del Absurdo, en Lyon. Van a tener mucho trabajo.

Merci photoshop.

Petite défense du croissant espagnol (le cruasán)

Pour en finir avec cette histoire du croissant espagnol. (On ne pouvait pas se passer de faire un petit commentaire nous, les croissants ambulants)

Aviez vous déjà vu un croissant flamenco? Nous non plus.

C’est vrai. Les cruasanes espagnols sont mauvais par rapport aux croissants français.

La polémique vient d’un blog gastronomique espagnol du journal El País. Le billet de Mikel Iturriaga a fait un tabac en Espagne ouvrant une énorme cyber-discussion.

Maintentant Rue 89 a repris le sujet. Le billet d’Elodie Cuzin est très bien. Génial, quand elle interviewe deux touristes français qui décrivent leurs expériences avec les secs, insipides et sucrés! croissants espagnols. Mais…


  • 1) On ne vas pas au Paraíso del Jamón pour manger des croissants. Jamais. On mange du jamón, on boit des ‘cañas’, on mange du chorizo, mais pas de croissants. D’ailleurs, on ne va pas souvent au Paraíso del Jamón. C’est un bar sympa, avec des bons prix, mais qui attire surtout des touristes.
  • 2) Elodie nous montre des photos des croissants ‘vraiment’ dégueu. Mais il n’y a pas que ça! La discussion ouverte par le célèbre sujet de El País a même conduit à la réalisation de la carte des meilleurs cruasanes (croissants espagnols), et ses boulangeries respectives.
  • 3) C’est vrai, les croissants espagnols sont moins bons… Mais ce qu’on oublie, même dans l’article de Mikel Iturriaga qui a crée toute cette ‘Guerre d’Indépendence du Croissant espagnol’, c’est que les cruasanes sont très, très goûtus à la plancha, comme on les mange le plus souvent dans les “bares y cafeterías”! Et ça, on ne les trouve pas en France.
Rien ne vaut un bon 'cruasan plancha'

Flamenco-jazz à Lyon: Nono García et Celia Mur

(Click para Versión española)

Là  je vous avais prévenu. J’ai twitté, envoyé des invitations sur Facebook,  dit et redit ici et là…. Mais c’est trop tard. Nono García et Celia Mur ont joué hier soir à la Mairie du 6ème arrondissement de Lyon.

De la même façon qu’on vous l’a raconté d’Israel Galván, ce spectacle est du jamais vu. Ou au moins,  un spectacle qu´on ne retrouve pas souvent en France.

Le répertoire commence avec Chega de Saudade, l’hymne de la bossa nova. Mais les doigts de Nono, né et grandi à Cadix, donnent une couleur de flamenco à la version classique d´Antonio Carlos Jobim. Puis les compos et les versions se succèdent,  toujours restant à mi-chemin entre la ‘copla’ (chanson populaire espagnole), la bossa, le blues, le jazz et le flamenco.

Les notes de la guitare de Nono rappellent parfois la puissance d’un piano, tellement il accompagne la voix de Celia Mur, tellement il joue précis. Il tient les chansons avec ses cordes. Un génie de la main droite.

On attends avec impatience son disque en duo.

Vidéo, petit aperçu de ce que vous avez raté: ‘Trafalgar’ avec Nono García, avec Celia Mur, bien sûr.

Au fait, Nono est un peu “une frite ambulante”. Il a vécu plusieurs années à Bruxelles, où il a fait le conservatoire de Jazz et joué avec le groupe Vaya con Dios.

Il est aussi l’étendard du ‘flamenco piñonero’, une fusion naturelle entre le flamenco et d’autres styles de musique. Parmi les “piñoneros”, nous retrouvons  Chano Domínguez ou Antonio Serrano, qui accompagne Paco de Lucía avec son harmonica. Il sont tous des bons amis de Nono García.

Coplas Mundanas est un récital classique, composé du chant et de la guitare, mais très moderne. Il est tellement loin des stéréotypes accordés au  flamenco que le Maire du 6eme criait a la fin du spectacle: “Mais on s’attendait a un peu de danse flamenca, allez, dansez s’il vous plait, allez, olé, olé…”

En réponse, les musiciens ont fini avec une samba composée par le père de Celia, Antonio Fernández de Moya.

Il est bien temps de rompre avec les clichés dans la musique flamenca!

PS.1: Nono García a été un de mes premiers professeurs de guitare (fierté d’élève)

PS.2: Concert organisé par Instituto Cervantes de Lyon.